Les 3 erreurs fatales à ne jamais faire avec un journaliste

Il existe toutes sortes de journalistes : certains sont de vrais passionnés et ont une démarche honnête et mesurée des sujets qu’ils peuvent traiter. D’autres ont un sens de l’intégrité plus personnel et cherchent avant tout l’efficacité du spectacle face à la subtilité d’une problématique donnée. Le contexte est aussi à prendre en compte : le support pour lequel est destiné le sujet déterminera en grande partie le ton du produit fini. Par défaut, vous devez considérer que les éléments jouent contre vous : vous êtes le sujet d’un documentaire à polémique sur une chaine friande de téléréalité bas de gamme le tout traité par un journaliste sans pitié. Voici les erreurs que vous ne devrez jamais faire.

Erreur N°1 : Dire « oui » à tout

Je vais partager avec vous une vérité que l’on ne dit que trop rarement : n’oubliez jamais que c’est le journaliste qui a besoin de vous et non l’inverse. Après avoir mené son enquête, il a porté son choix sur vous car vous correspondez le mieux aux critères qu’il recherche pour illustrer son sujet. Lorsque vous rencontrez un journaliste pour une interview ou un tournage, il est déjà dans ce qu’on appelle « la consistance de l’engagement ».

Il faut comprendre que des frais sont engagés (matériel, cadreur, preneur de son, assistant…) et il a déjà investi trop de temps et d’énergie pour annuler ce sujet au dernier moment. S’il s’agit d’un tournage pour la télévision, les pressions sur lui sont encore plus grandes : perdre « un portrait » (c’est à dire une personne sur laquelle on fait un sujet) pendant un tournage est catastrophique en termes de frais et de deadline sur le produit fini. J’ai souvent joué avec cette pression quand je sentais qu’un journaliste souhaitait obtenir des scènes ou du contenu qui ne correspondait pas à mon image.

D’une manière plus globale, vous ne devez pas vous laisser orienter par un journaliste. Pour nourrir son sujet il pourra être amené à vous lancer sur un sujet polémique qui ne vous intéresse pas ou que vous voulez éviter. Vous devez être capable de bifurquer immédiatement sur autre chose ou de répondre que vous n’avez pas d’avis particulier sur le sujet d’un ton ferme et assuré. Votre hésitation sera la première faille que le journaliste exploitera. Il a une sensibilité particulière qui lui permet de trouver les points sensibles d’un sujet ou d’une personne pour les exploiter le plus possible. Soyez intransigeant et passez à un autre sujet sans attendre son autorisation.

Erreur N°2 : Signer avant de commencer

Autre erreur de taille et qui concerne plus précisément les passages télévisés. Qu’il s’agisse d’un tournage court (sur un jour) ou d’un sujet plus long (tournage de plusieurs jours répartis sur plusieurs semaines) vous ne devez jamais signer le papier de cession de droit à l’image avant la fin du tournage. Si des journalistes me lisent, ils grinceront très certainement des dents tellement c’est dangereux pour eux…

Signer le premier jour revient à dire :  « Je vous donne mon autorisation pour filmer tout et n’importe quoi, rassembler du contenu en vu d’un montage désavantageux et avoir le contrôle absolu du tournage. » C’est la meilleure façon d’être pris dans un étau et d’avoir une marge de manœuvre faible. Autrement dit, si vous commettez cette erreur, vous doublez les chances de griller votre image.

Vous devez savoir que ce papier n’est pas nécessaire pour de l’actualité ou du reportage (pour le journal du 20H par exemple) mais qu’il est obligatoire pour du documentaire. La différence entre les deux formats est le parti pris du réalisateur. Un reportage est censé rendre compte de l’actualité et des faits bien que ce soit souvent très discutable. Selon moi, à partir du moment où il y a montage, il y a un point de vue exprimé. Gardez toujours en tête que votre priorité est de sécuriser au maximum votre image et celle de l’entreprise dont vous êtes responsable. Soyez donc conscient de ces mécanismes et subtilités.

Erreur N°3 : Se risquer au « off »

Le « off » est ce qui se dit hors des micros et caméras. Généralement le contenu du « off » se limite à des petites plaisanteries ou à des discussions avec un journaliste que vous souhaitez maintenir privées. En aucun cas vous ne devez parler en « off » si votre micro est encore branché, si la perche de l’ingénieur son est toujours allumée ou si une caméra tourne toujours.

Le « off » n’existe réellement que lorsque vous êtes débranché. Autrement vous devez vous abstenir de toute petite phrase ou même comportement qui pourrait vous porter atteinte lors d’un tournage, d’une interview, d’un entretien ou d’une émission. Aujourd’hui il est de moins en moins recommandé de se laisser aller au « off » avec l’omniprésence des smartphones et autres appareils capables d’enregistrer de l’image et du son facilement. Rappelez-vous d’un certain président de la République en visite au salon de l’agriculture…

Vous avez une question supplémentaire sur le sujet ? N’hésitez pas à poster un commentaire.

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11 Responses to Les 3 erreurs fatales à ne jamais faire avec un journaliste

  1. Argancel 03/06/2011 at 19:22 #

    On voit que c’est du vécu. Merci beaucoup pour ces conseils de pro :)

  2. Ludovic Vignaud 04/06/2011 at 15:09 #

    Bon résumé.
    Je ne compte plus les fois où on doit débrancher notre micro afin de garder le contrôle de ce qui est enregistré. Une fois que c’est dans la boite, on ne peut plus faire machine arrière, et même si le journaliste, le cadreur ou l’ingénieur du son tente de nous endormir avec un petit « ne t’inquiète pas, on le gardera pas, c’est pas dans l’intérêt du reportage ! », il faut être prudent.

    L’autre point sur lequel tu insistes et qui est vital pour garder le total contrôle de son image, c’est l’autorisation à signer à la fin du tournage. Il n’est pas évident de tenir tête à un journaliste qui insiste pour nous faire signer dès le début du tournage. On se dit qu’il connaît son métier, et que s’il insiste pour que l’autorisation soit signée au début du tournage, c’est que ça doit être la procédure « normale ».
    C’est en réalité un simple moyen pour eux de se prémunir d’un éventuel « claquage entre les doigts » de notre part, les frais de tournage ayant déjà été engrangés.

    Pour conclure, garder le contrôle seul face à une équipe de professionnels qui tente parfois de nous faire jouer comme des marionnettes est loin d’être évident, mais il s’agit là de la qualité de l’image qu’on reflète au final à l’écran. Il vaut mieux être moins conciliant avec les journalistes, et jouir d’une image irréprochable à l’écran, plutôt que l’inverse.

  3. Anonyme 22/06/2011 at 23:10 #

    Une fois que les images sont dans la boîte, peut-on exercer son droit à l’image ?
    Le fait de signer le fameux document avant le tournage signifie t-elle que on a abandonné tous ses droits ?

    • Alexandre 25/06/2011 at 18:21 #

      Bonjour Nathanael,

      Le fait de signer le contrat d’autorisation de droit à l’image scelle définitivement ta marge de manœuvre. Il n’existe pas de droit de regard pour les participants d’un documentaire sauf si tu as signé un contrat particulier (ce qui n’arrive jamais).

      Les seuls personnes ayant un pouvoir sur le montage final sont le réalisateur du documentaire, son équipe et la chaine qui a commandé le documentaire.

      Tu peux uniquement te retourner contre eux en cas de diffamation ce qui est très rare également : les boites de production maîtrisent les ficelles pour s’éviter les problèmes.

    • Anonyme 25/06/2011 at 18:24 #

      Bonjour Nathanael,

      Le fait de signer le contrat d’autorisation de droit à l’image scelle définitivement ta marge de manœuvre. Il n’existe pas de droit de regard pour les participants d’un documentaire sauf si tu as signé un contrat particulier (ce qui n’arrive jamais).

      Les seuls personnes ayant un pouvoir sur le montage final sont le réalisateur du documentaire, son équipe et la chaine qui a commandé le documentaire.

      Tu peux uniquement te retourner contre eux en cas de diffamation ce qui est très rare également : les boites de production maîtrisent les ficelles pour s’éviter les problèmes.

  4. Nathanael Metrosapiens 25/06/2011 at 18:32 #

    Mieux vaut être vigilant dans ce cas et vérifier que le micro est coupé.
    Merci pour l’info.

  5. Brice Développement personnel 26/06/2011 at 13:30 #

    Merci pour cet article. J’ai rarement trouvé ce genre d’informations qui sont pourtant indispensable lorsque l’on commence à côtoyer certains journalistes. Merci, j’aurai aimé connaître plus tôt ce genre d’astuces.

  6. Instinct Voyageur 29/06/2011 at 19:03 #

    interessant article!

  7. Jonathan 05/06/2012 at 18:40 #

    Bonjour,

    J’ai eu un tournage pour un documentaire pour lequel j’ai signé une cessation des droits. Le reportage n’a pas été encore diffusé et cela fait pratiquement un an que le dernier jour de tournage a eu lieu. Y a t-il un délai pour la chaine ou le producteur pour diffuser le documentaire après quoi la cessation des droits n’est plus valable?
    Je voudrais me rétracter car l’émission pour laquelle le documentaire a été réalisé à l’époque a changé et la tournure qu’elle a pris ne me convient plus…
    Y a t-il un moyen d’annuler cette cessation des droits?

    Merci par avance pour vos réponses.

    Cordialement,

    • Alexandre 06/06/2012 at 08:43 #

      Bonjour Jonathan,

      Il n’est pas possible de revenir en arrière une fois la cession de droit signée, c’est pour cela que j’insiste sur ce point. Le seul recours que tu peux avoir est en cas de diffamation mais autrement tu ne peux pas t’opposer à la diffusion même si elle prend du retard. Si cela est une gros problème pour toi, je t’encourage à te renseigner au près d’un avocat spécialisé mais je crains qu’il ne puisse pas faire grand chose pour toi.

      • Jonathan 06/06/2012 at 20:14 #

        Bonsoir Alexandre,

        Merci beaucoup pour cette réponse rapide, c’est bien malheureusement ce que je craignais…

        Cordialement,
        Jonathan.

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